On reçoit la notification du conseil départemental, on lit « GIR 5 » ou « GIR 4 », et on a l’impression que ça ne colle pas avec ce qu’on observe au quotidien. Avant de foncer sur un recours, il faut comprendre ce que la grille AGGIR mesure vraiment, et surtout ce qu’elle ne capte pas toujours lors de l’évaluation à domicile.
Variables discriminantes de la grille AGGIR : ce qui pèse réellement dans le classement GIR
La grille AGGIR repose sur 17 variables, mais toutes n’ont pas le même poids. Seules les variables dites discriminantes déterminent le classement GIR. Elles couvrent la cohérence, l’orientation, la toilette, l’habillage, l’alimentation, l’élimination, les transferts, les déplacements intérieurs et extérieurs, et la communication à distance.
Les variables illustratives (gestion du budget, cuisine, ménage, activités de loisir) servent à dresser un tableau plus complet, mais ne modifient pas le GIR attribué. On voit régulièrement des familles concentrer leur argumentation sur le fait que leur proche ne fait plus ses courses ou ne gère plus ses papiers. Ces éléments comptent pour le plan d’aide, pas pour le niveau de GIR.
Chaque variable discriminante est cotée selon trois modalités : fait seul et correctement, fait partiellement, ou ne fait pas. L’évaluateur observe la capacité réelle, pas ce que la personne pourrait théoriquement faire avec de l’aide. C’est sur ce point précis que les désaccords naissent le plus souvent.

Évaluation GIR biaisée : les situations où le classement ne reflète pas la réalité
On a tous connu cette situation : le jour de la visite, la personne âgée se mobilise, répond correctement, se lève sans aide. L’évaluateur note ce qu’il voit sur un créneau de trente à quarante-cinq minutes. Le lendemain, la personne ne se lève plus seule.
Le piège des troubles cognitifs fluctuants
Les personnes atteintes de troubles cognitifs (Alzheimer, démences apparentées) présentent souvent des capacités variables d’un jour à l’autre, voire d’une heure à l’autre. Une évaluation ponctuelle peut sous-estimer la perte d’autonomie réelle. L’évaluateur est censé tenir compte de cette fluctuation, mais en pratique, il documente ce qu’il constate sur place.
Si on accompagne un proche dans cette situation, on a intérêt à préparer un journal des incidents : chutes, épisodes de désorientation, incapacité à s’alimenter seul certains jours. Ce document factuel pèse dans une demande de réévaluation.
Le contexte du domicile versus l’établissement
L’évaluation à domicile et celle en EHPAD ne se déroulent pas dans les mêmes conditions. À domicile, la personne évolue dans un environnement familier qui peut masquer certaines difficultés. En établissement, c’est le médecin coordonnateur qui réalise l’évaluation, avec un suivi quotidien plus précis. Un même profil peut aboutir à un GIR différent selon le lieu d’évaluation.
Contester un classement GIR : la procédure concrète étape par étape
On ne conteste pas un GIR comme on conteste une amende. La procédure suit un parcours précis, et griller une étape peut bloquer le dossier.
- Demande de réévaluation auprès du conseil départemental : on adresse un courrier motivé au président du conseil départemental, en joignant les certificats médicaux récents et tout document attestant de l’aggravation (compte-rendu d’hospitalisation, rapport du médecin traitant, journal des incidents tenu par la famille ou les aidants).
- Recours administratif préalable obligatoire (RAPO) : si la première demande est rejetée ou si le nouveau GIR attribué reste contesté, on dépose un recours formel. Ce RAPO est un passage obligé avant toute saisine du tribunal.
- Recours contentieux devant le tribunal judiciaire : en cas de désaccord persistant après le RAPO, on peut saisir le juge. Cette étape suppose généralement un accompagnement juridique, et les délais peuvent s’allonger sur plusieurs mois.
Un point que beaucoup ignorent : une réévaluation peut être demandée à tout moment si l’état de santé évolue. On n’est pas obligé d’attendre un recours contentieux. Une hospitalisation, une chute grave, un diagnostic neurologique récent suffisent à motiver une nouvelle visite d’évaluation.
Préparer un dossier solide pour obtenir un GIR plus adapté
Lire la définition de la grille AGGIR, c’est une première étape. Mais contester utilement un classement GIR suppose de parler le même langage que l’évaluateur.
Concrètement, on reprend chaque variable discriminante et on documente la situation réelle de la personne. La toilette : se lave-t-elle seule le haut et le bas du corps ? L’habillage : peut-elle s’habiller sans aide, y compris les chaussures ? Les transferts : passe-t-elle seule de la position couchée à assise, puis debout ?
Le dossier le plus efficace associe pièces médicales et observations quotidiennes. Le certificat du médecin traitant ne suffit pas toujours. Les comptes-rendus d’ergothérapeutes ou de kinésithérapeutes qui interviennent au domicile apportent un éclairage complémentaire sur les capacités fonctionnelles réelles.
Il est aussi utile de vérifier que l’évaluation a bien été réalisée avec le formulaire officiel en vigueur (cerfa n°11510*01). Ce détail administratif peut sembler anodin, mais il garantit que la grille utilisée est conforme au cadre réglementaire.

GIR 5 ou GIR 4 : l’enjeu financier derrière le classement
La frontière entre GIR 5 et GIR 4 n’est pas qu’une question de catégorie administrative. Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’allocation personnalisée d’autonomie. Passer de GIR 5 à GIR 4, c’est accéder à un financement qui couvre une partie de l’aide à domicile, de l’accueil de jour ou du placement en établissement.
Pour les personnes classées GIR 5 ou 6, les aides restent limitées à des prestations ponctuelles (aide ménagère, portage de repas via le CCAS). L’écart de prise en charge est significatif, ce qui explique pourquoi la contestation d’un classement GIR a des conséquences très concrètes sur le quotidien.
Un classement GIR sous-évalué ne prive pas seulement d’une aide financière. Il fausse aussi le plan d’aide, en attribuant moins d’heures d’intervention que ce dont la personne a réellement besoin. On se retrouve avec un accompagnement insuffisant, et la charge retombe intégralement sur les aidants familiaux.
Contester un classement GIR après avoir lu la grille AGGIR n’est pas un acte de défiance envers l’évaluateur. C’est une démarche légitime, à condition de s’appuyer sur des éléments factuels et de suivre la procédure dans l’ordre. Le conseil départemental reste l’interlocuteur central, et la réévaluation reste accessible dès qu’un changement de situation le justifie.

